Joëlle Ebongue, dessinatrice « de vies et de destins »

Joëlle Ebongue, dessinatrice « de vies et de destins »

 AyaaOpinion est allé à la rencontre d’une jeune femme talentueuse qui nous parle de sa grande passion qu’est le dessin. Joëlle Ebongue est la conceptrice de la bande dessinée « La Vie d’Ebène Duta » (LVDD). Ebène Duta, un personnage africain dont les déboires en Europe nous rappellent les nôtres. Rencontre avec une grande passionnée d’arts pour qui le « dessin est vital » !

Bonjour Elyon’s, nous sommes curieux d’en savoir un peu plus sur vous et sur les motivations qui vous anime dans toutes vos entreprises ?

Alors je signe Elyon’s, mais mon vrai nom est Joëlle Ebongue. Je suis née il y a plus de 30 ans maintenant, et je suis diplômée en lettres modernes bilingues (françaises et anglaises) et en arts graphiques, visuels et de l’espace. Je suis passionnée de Bande Dessinée depuis toute petite et souhaite un jour en vivre décemment. Actuellement, je suis concepteur-rédacteur en agence de conseil en marketing et communication. Autre chose, j’aime le soleil, l’honnêteté, et voir un projet évoluer depuis la graine jusqu’au baobab !

Vous avez choisi le dessin comme moyen d’expression. Audacieux comme choix?

Audacieux, je ne sais pas si je le vois comme ça. Le dessin est plus vital pour moi plus qu’autre chose; je m’exprime via le dessin, je me guéris aussi, je me sens moins seule, je me sens bien quand je dessine.

J’aime beaucoup l’idée de créer des mondes, des vies, des gens et des destins. Elyon’s en français signifie « propriété du Très haut », et mon nom Joëlle Ebongue signifie Yavhé est Dieu, le bâtisseur. Peut-être que c’est pour cela que j’aime autant initier de nouveaux projets et créer des histoires, je m’inspire de mon créateur.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Oulaaaaaaaa, vraiment très éclectique. Je suis le fruit de moults influences. J’ai grandi dans l’univers Disney, puis dans le manga. Plus tard j’ai découvert les comics, et depuis quelques années je me suis ouverte à plusieurs courants. J’aime l’écriture complexe et presque perturbante de Marc Antoine Mathieu, le côté torturé et désespérant de Hajime Isayama avec son manga à succès SNK. J’apprécie énormément le trait d’Alexandro Barbucci, les couleurs et l’écriture onirique et sinistre de barbara Canepa. Je suis fan de Katshuhiro Ôtomo, de Marguerite Abouet avec sa série Aya, le travail de pahé, du côté dépressif underground de Cha, La nostalgie que m’évoquent les Bds de Vanyda, le fatalisme dans la BD de jibé sur le chômage, oui, si je continue ça ne s’arrêtera jamais en fait. J’ai plus d’une cinquantaine de BDs, je touche à tout et me nourris pareil graphiquement.

Parlez-nous du personnage d’Ebene Duta ?

Alors, Une cuillère à soupe de poisse, une pincée de quiproquo, le tout saupoudré d’une dèche intense! Bienvenue dans la vie d’Ebène Duta (LVDD). Elle raconte l’aventure d’une jeune fille noire loin de son pays. Cette expérience unique que chaque étranger vit au contact d’un nouveau monde, est racontée avec humour, légèreté, naïveté et parfois cynisme, sous forme de gags.

Ebène Duta, LVDD

Ebène Duta, LVDD

 

Elyon’s sans son crayon est ce pensable 😉

Oui… et non….. Oui, parce que je suis curieuse et j’aime tester de nouvelles choses, non parce que dessiner m’est quand même assez vital :)

Elyon’s ce n’est pas que la bande dessinée?

Je travaille aussi sur des goodies : Des badges, t-shirts, que vous pouvez voir ici:

Et concernant l’un de mes gros projets, La vie d’ Ebène Duta (LVDD), je propose des goodies inédits en échange de toute participation à ce projet colossal ici : http://fr.ulule.com/ebene-duta/

Pensez-vous que les africains sont sensibles à cet art?

Nous sommes issus de la tradition orale et picturale. De ce fait, nous sommes fait pour être plus sensibles à ce qui touche à ce domaine, plutôt qu’autre chose.

On dit très souvent que le noir n’aime pas lire par exemple. Cela ne devrait normalement choquer personne vu que la tradition écrite n’était pas à mon sens la plus vulgarisée chez nous. Nous apprenons à aimer lire, mais nous étions issus de la tradition qui consiste à transmettre des histoires ou les représenter graphiquement. J’espère vraiment ne choquer personne avec ces propos, c’est mon ressenti vis à vis de cela. Cela place donc les arts graphiques (la BD en fait partie) au cœur de ce qui correspondrait le mieux à ce que nous sommes.

Peut-on voir derrière l’histoire des mésaventures d’une jeune africaine en Europe, un certain « afro-optimisme »?

Concrètement à travers Ebène Duta, je souhaite faire comprendre aux gens que nous ne sommes dans un monde hostile que si on décide de le voir comme tel. Notre premier ennemi c’est nous. Le reste est façonné tel qu’on le souhaite.

Je prends un exemple : Ebène est une fille claire de peau, qui n’a pas de formes africaines. Elle rêverait d’être pulpeuse et sexy comme sa cousine ; Sa cousine Claire par contre a un teint plus foncé et des formes africaines généreuses. Dans une société qui calque beaucoup de choses sur l’occident, Claire ne correspond pas à ce qu’on considère comme canon de beauté vu qu’elle est plus foncé, courte de taille et ronde; Mais au fil des épisodes on se rend compte que celle qui a le plus d’assurance est celle qui partait avec le « moins de cartes » de son côté, parce qu’elle a décidé de ne pas voir le monde comme un ennemi. Ebène de son côté est le parfait exemple de celle qui malgré les poisses quelle cumule, ne baisse jamais les bras.

A travers la vie d’ Ebène, je souhaite encourager chacun à essayer de s’aimer tel qu’il / elle est. De se battre dans sa vie, du mieux qu’il peut quelque soit les gammelles qu’il se prend dans la gueule. De ne jamais baisser les bras… oui c’est ça le message de LVDD.

Quand on sait que nombre d’experts jugent le continent africain à la traîne et loin des préoccupations mondiales, comment cela peut-il changer à travers le dessin ?

Chaque grand homme, même s’il a forcément regardé ce qu’ont fait les autres pour s’en inspirer… ne s’est jamais concentré sur le travail de quelqu’un d’autre pour avancer. Il a choisi sa voie et il l’a suivi. On dira que nous sommes à la traîne parce que justement on suit le mouvement, mais je constate aussi que beaucoup ont cessé de suivre et ont créé eux-mêmes leurs chemins.

LVDD est une histoire sur l’acceptation de soi, et la prise de conscience du fait que nous sommes tous unique avec un but précis ; Si on se concentre sur ce but, chaque goutte d’eau fera ce qu’elle a à faire, et il y en aura une qui forcément viendra faire déborder le vase.

Portrait chinois, pour ne pas dire africain !

Si vous étiez un pays africain ?

Le Cameroun ! la forme de mon beau pays fait penser à une femme, ou … une canne si on considère le « bec ».

Si vous étiez une personnalité africaine célèbre ?

J’ai bien sûr pensé à Nelson Mandela qui est la matérialisation même du mot « résilience », le symbole de celui qui ne lâche pas l’affaire…

Mais je vais choisir une femme atypique : Charlize Theron (Sud Africaine). Elle est certes blanche de peau, mais elle réussit à faire oublier son apparence à chaque rôle qu’elle endosse. On ne voit à la fin que le personnage qu’elle interprète. J’aimerais arriver au même résultat avec mon travail.

Si vous étiez un style musical africain ?

l’Azonto*! C’est rythmé, ça me fait rire, ça me détend :)

*Danse très tendance, originaire du Ghana et répandue dans toute l’Afrique de l’Ouest.

Si vous étiez un plat africain ?

Le Sanga : Mélange de Maïs, huile de palme, légumes (feuilles de sissang ou de nkwem) et sucre. Vu comme ça, ça semble infect mais c’est juste SU-PER BON ! J’aime bien la dichotomie apparence/ réalité et les oxymores, ce jeu que je fais d’ailleurs avec Ebène qui a un teint clair et Claire qui est plus foncée.

Un dernier message à adresser aux lecteurs de AyaaOpinion

Merci encore de m’avoir donné l’opportunité de faire cette interview; j’espère qu’elle a été intéressante à lire et a donné envie d’en savoir un peu plus sur cette chère Ebène Duta.

N’hésitez pas à soutenir le projet BD La vie d’Ebène Duta sur http://fr.ulule.com/ebene-duta/ La moindre participation est récompensée de plusieurs manières !

Quel conseil pouvez-vous donner à la jeunesse africaine (de la diaspora ou non), particulièrement à ceux qui excèle comme vous dans le dessin et pour qui vous êtes un bel exemple

Alors à ceux pour qui Elyon’s est un modèle, merci. Si vous voulez évoluer dans cette voie un seul mot : Dessinez. Dessinez à tort et à travers, faites des croquis, des illustrations, des pages de BDs, plus vous dessinerez plus votre évolution sera fulgurante. Ensuite renseignez-vous sur les auteurs existants, cherchez à savoir ce qui se fait partout. Transformez-vous en éponge, absorbez le au maximum; Dans les arts en général et arts graphiques en particulier, on ne donne que ce qu’on a. Nourrissez-vous donc !

Ebène Duta, LVDD

Plus d’informations :

– pour contribuer au projet de Bande déssinée de la Vie d’Ebène Duta : http://fr.ulule.com/ebene-duta/

– pour connaître les actualités d’Ebène : https://www.facebook.com/EbeneDuta

Posté par :

Partager l'article