PORTRAIT Journée de la Femme 08 mars 2015: De Fil en Aiguille avec  #Eline ARNAUD

PORTRAIT Journée de la Femme 08 mars 2015: De Fil en Aiguille avec #Eline ARNAUD

Eline est une connaissance de longue date. Cependant, nous ne savons pas toujours qui se cache réellement derrière les personnes que l’on connait. C’est avec plaisir que nous avons découvert son attrait et son implication pour notre culture africaine si riche. Eline est pleine de ressources  et de créativité. Elle est à n’en point douter une de ces femmes que l’on jalouse toujours un peu timidement mais qui donnent envie de se surpasser. Découverte d’une femme sensible, inspirante, amatrice d’art(s) africain (assez rare pour être soulignée).

AO/ Qui est Éline ARNAUD ?

Arnaud Éline, 33 ans, originaire de Côte d’Ivoire et installée à Abidjan (RCI) depuis un peu plus de 4 ans maintenant. Professionnellement, j’ai une double casquette de Responsable Communication pour une banque implantée localement; et je suis à la tête d’une entreprise citoyenne qui prône l’entrepreneuriat social et le développement local par le travail artisanal : De Fil en Aiguille – Broderie & Artisanat. Je suis aussi très impliquée dans la vie culturelle et artistique à Abidjan, notamment à titre de conseil.

AO/ Racontez nous l’histoire « De fil en aiguille » ?

De Fil en Aiguille – Broderie & Artisanat a été légalement constituée en Janvier 2013 à Abidjan. La boutique quant à elle, existe depuis Février 2014.

Le projet est parti d’une initiative toute simple de donner une formation à des jeunes femmes sans qualification, « employées de maison », afin de les rendre autonomes financièrement. Nous n’avions pas pour but au départ de poser une action de masse, mais plutôt d’impacter la vie d’une ou deux personnes de notre quotidien… mais de façon très significative ! Nous avons donc investi dans la formation d’une première pupille : Clarisse qui est aujourd’hui notre chef d’atelier. Depuis lors, six (6) brodeuses ont été formées, en plus d’autres personnes qui travaillent avec nous individuellement ou en coopérative. Une partie des gains sert aussi à la formation scolaire et professionnelle, ainsi qu’au financement de projets d’autres jeunes filles.

Au début, les articles étaient confectionnés une fois de temps en temps et vendus à des proches… Rien qui ne permettait une réelle subsistance. En 2010, quand je suis rentrée de Montréal, nous avons commencé à structurer un peu mieux la production, calculer les charges afin de générer plus de revenus, et penser la communication essentiellement sur les réseaux sociaux (Facebook). Cette approche d’un nouvel entrepreneuriat  facilitée par un support de communication gratuit et accessible à tous, nous a permis de voir rapidement plus loin et de grandir avec le temps.

Nous avons appelé cette entreprise « De Fil en Aiguille » afin de caractériser l’évolution, la continuité dans la transmission d’un savoir-faire, d’un bagage humain. Il y a là-dedans la notion de « main tendue vers l’autre » qui pour nous est essentielle. L’aspect « Broderie & Artisanat » touche à mon amour pour l’art africain et ses multiples expressions, notamment à travers le travail précis et méticuleux de broderie que l’on ne connait en général que très peu. A mon sens, nous confectionnons des « tableaux » sur de la toile de coton pour sublimer les intérieurs.

Partant de là et afin de promouvoir le travail créatif des nombreux talents d’ici, nous avons mis en place le « Women Wine & Diva Delicious Abidjan » importé du Ghana et adapté à l’environnement ivoirien avec ma partenaire Sandi Owusu – Diva Delicious (Ghana). Le principe était simple, faire des ventes ouvertes au public dans un espace à découvrir, sous un thème différents à chaque fois (gastronomie africaine, exotisme des iles, photographie, art…). L’ambiance était voulue conviviale et propice à l’échange et à la découverte. Cinq (5) éditions se sont passées avant que nous ne décidions de changer la formule « exposition-vente » pour aller vers quelque chose de plus avant-gardiste et innovant… A suivre !

Parallèlement, et étant donné que toutes les nouvelles initiatives de promotion de mon pays me parlent, je me suis aussi lancée dans l’aventure « Dîner en Blanc Abidjan » avec des gens formidables sur deux (2) éditions. Je n’ai malheureusement pas pu participer à la dernière pour des raisons personnelles mais je compte bien me remettre dans le bain en 2015. Abidjan bouillonne, il ne tient qu’à nous de contribuer à cette nouvelle dynamique en y associant nos idées !

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AO/ Avez-vous été confronté dans votre parcours professionnel à des défis liés à votre condition de femme et de (jeune) femme africaine en particulier ?

De façon certaine, être une femme, jeune de surcroît dans un milieu professionnel dirigé par des hommes n’est pas simple à gérer. Il faut pouvoir s’imposer par son travail, ne pas céder à la facilité et susciter le respect sans provoquer de sentiments négatifs dans son environnement de travail. Il s’agit de façon permanente de trouver sa place. Dans le domaine bancaire, l’expérience prouve bien que c’est un défi quotidien. Il est facile de s’épuiser si l’on n’est pas centré sur ses objectifs pour construire son chemin.

En ce qui concerne mon autre activité, j’ai beaucoup moins de mal puisque dans ce domaine, on s’attend à avoir affaire à une femme. Tout ce qui attrait à l’aménagement d’intérieur, à l’embellissement et à la mise en valeur d’espaces est naturellement attribué aux femmes. Mon défi à ce niveau est d’y intéresser les hommes également.

AO/ Comment décririez-vous  la femme africaine d’aujourd’hui ?

De ce que je perçois autour de moi, la femme africaine d’aujourd’hui est de plus en plus « multiple » de par ses responsabilités sociales (mère et épouse), professionnelles (leadership et entrepreneuriat) et humaines (modèle éducatif et garant des valeurs). Elle a donc de plus en plus de responsabilités et semble les assumer sans faillir.

Je ne crois pas à un canevas unique de femme-modèle, mais plutôt à une pluralité de genres qui s’expriment dans les différents rôles qu’une femme peut avoir à assumer au quotidien.

Quoiqu’il en soit, je l’aime beaucoup cette femme africaine « New Age ».

AO/ Comment voyez-vous la femme africaine dans l’avenir ?

La Femme Africaine de l’avenir, je la vois émancipée, libre de choisir pour sa vie et celle de sa famille et de ses enfants, accomplie et parfaitement intégrée dans une société qui est pour l’instant très machiste.

Je la perçois autonome et affranchie des préjugés et des apparences à sauver (questions généralement épineuses du mariage, de l’enfantement ou encore de sa place dans la pratique religieuse). Pour cela, il faut que les mentalités évoluent et qu’elle prenne elle-même la place qu’elle veut dans nos sociétés à cheval entre le modernisme exacerbé importé d’ailleurs et les traditions parfois oppressantes.

Enfin, je la perçois métissée culturellement et riche intellectuellement.

AO/ Votre top 3 des femmes sources d’inspiration ?

1- My number one : Ma Mère – Odette Lamina Arnaud. Un modèle de générosité, d’amour, de partage et de foi. Disponible pour sa famille et toujours prompte à l’entraide. Elle est celle de qui j’ai le plus reçu.

2- Aisha Conté (Niara Bio), une amie et une femme noire et fière qui m’a donnée le goût d’aller plus loin dans mon rêve d’affirmer ma vision. C’est après une visite dans son coin de paradis pour « peau noire » au centre de Dakar, que j’ai conceptualisé la boutique de proximité « De Fil en Aiguille ».

3- Erykah Badu, une artiste versatile, complète et complexe qui m’a toujours fasciné, et à qui je me suis rapidement identifiée dans la vingtaine. Son attitude revendicatrice et affirmée a influencé mon caractère anti-conformiste.

Un petit clin d’oeil aussi aux inconnues du quotidien, certaines étant des amies proches, qui entreprennent pour différentes raisons et excellent dans leur domaine (mère, designer, artiste, restauratrice, travailleuse manuelle, artisane, brodeuse…). Elles aussi m’inspirent !

AO/ Un conseil ou un mot d’encouragement pour les jeunes femmes qui vous suivent et qui souhaiteraient se lancer dans l’artisanat et d’autres activités créatives ?

Faites confiance à votre intuition, écoutez votre coeur, il vous emmènera toujours à accomplir de grandes choses même si pour les autres vos rêves paraissent insignifiants. Chacun son rôle sur cette terre alors n’ayez pas peur d’assumer le vôtre, il n’appartient qu’à vous !

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————————Portrait chinois (africain) de Eline—————————

Si vous étiez un pays africain ?

Le Sénégal… Culturellement riche, il y règne une sorte d’authenticité à laquelle j’adhère.

Si vous étiez un style musical africain ?

Le AfroBeat… Connecté aux racines du continent.

Si vous étiez un plat africain ?

La sauce graine, avec un riz blanc parfaitement cuit. Cela me ramène à mes origines bété et à ma grand-mère dont je porte le nom. Elle nous faisait des mets divins à chaque visite !

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DE FIL EN AIGUILLE 
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